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Meurtres sur la Madison est un roman de Keith McCafferty qui paraît aujourd’hui chez Gallmeister dans une traduction de Janique Jouin-de Laurens.

pol_cover_30511Résumé

Suite à son divorce, Sean Stranahan est venu s’installer dans les Rocheuses, pour pêcher et y exercer son activité de peintre. Ayant été enquêteur privé, il n’a pu s’empêcher de l’indiquer sur la devanture de sa boutique. Ça n’échappe pas à la ténébreuse Velvet Lafayette, chanteuse de cabaret de son état, qui embauche Stranahan pour une mission originale : pêcher la truite un peu partout dans la région afin de réussir à retrouver, grâce à de maigres indices, le coin favori de son père, récemment décédé et dont elle aimerait répandre les cendres précisément où il aimait le plus à taquiner l’arc-en-ciel ou la fario.
Parallèlement, le client d’un guide de pêche ramène au bout de sa canne… un cadavre. Le corps d’un jeune pêcheur noyé, sans doute accidentellement. Quoique, pas si sûr, car il a une Royal Wulff – une mouche de belle facture – hameçonnée à la lèvre. Martha Ettinger, la sherif du comté, est sur l’affaire.

Mon avis

Première traduction française pour Keith McCafferty, signée Janique Jouin-de Laurens, et après quelques pages, on comprend parfaitement pourquoi c’est Gallmeister qui a choisi de lui donner sa chance dans l’Hexagone. L’auteur est un passionné de pêche – il est même rédacteur en chef d’un magazine spécialisé – et un amoureux des grands espaces. Assurément, les amateurs de nature writing et les aficionados de Craig Johnson ne seront pas dépaysés.

C’est ce sens du toucher que Stranahan apportait avec lui à la rivière. C’était une forme subtile de compétence que les auteurs d’ouvrages sur la pêche négligeaient. Ils réduisaient la pêche à la mouche à des considérations avant tout pratiques, amenant leurs lecteurs à croire que celui qui possède la canne en fibre de carbone du plus haut module, la soie avec la finition futuriste la plus lisse, la potence invisible en fluorocarbone et la mouche parfaitement montée, écrasera tellement la truite de sa supériorité technologique qu’elle ouvrira la bouche, vaincue. Stranahan savait que le succès résidait davantage dans le toucher que dans la technologie, et que la technique passait au second plan derrière la concentration et le désir. Pour pêcher, il fallait sentir la rivière et votre cœur filait avec la mouche. A l’instant où vous laissez votre esprit s’égarer, vous êtes perdu.

Là où d’autres privilégient l’action à tout prix, Keith McCafferty prend le temps de planter le décor et les personnages, et bien lui en prend. On se délecte de découvrir sous sa plume les somptueux paysages du Montana, et particulièrement la faune et la flore des abords de la Madison River. L’humour est moins présent que dans la série consacrée au shérif Longmire, et les dialogues ne sont peut-être pas aussi savoureux mais les points communs sont évidents, même au-delà du cadre bucolique similaire (tiens, un adjoint indien !). Les amateurs de pêche en eau douce en auront pour leur argent, et même ceux qui ne s’y intéressent pas de prime abord pourront être emportés par les descriptions de l’auteur, qui parvient sans forcer son talent à transmettre son amour pour cet art solitaire. Du matériel de pêche à la confection des mouches en passant par les maladies des truites, on en apprend des choses, comme dans les romans de William Tapply tout en ne perdant pas de vue l’intrigue principale, qui connaît de nombreux rebondissements, plus ou moins inattendus. Tout au plus pourra-t-on regretter l’absence d’un lexique (ou de quelques notes de bas de page), pour celles et ceux qui n’ont jamais tenu une canne à pêche et ne savent pas ce que sont les waders et autres soies.

Premier opus d’une série consacrée à l’attachant Sean Stranahan – qui compte déjà sept titres outre-Atlantique –, Meurtres sur la Madison remplit parfaitement son rôle. Aussi passionnant sinon plus de par son contexte et l’écriture de Keith McCafferty que pour l’intrigue stricto sensu, le roman fait passer un excellent moment. Ferré dès le départ, on attend déjà la suite.

Meurtres sur la Madison (The Royal Wulff Murders, 2012), de Keith McCafferty, Gallmeister (2018). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Janique Jouin-de Laurens, 379 pages.

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