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Power est un roman de Michaël Mention paru chez Stéphane Marsan en 2018.

ppp_2018_powerRésumé

1965.
Les États-Unis sont en ébullition. Les GI sont de plus en plus nombreux à laisser leur vie au Vietnam et la population est de plus en plus réticente à voir ce conflit se poursuivre. Les manifestations se succèdent et prennent toujours plus d’ampleur.
Les Afro-Américains, las de se voir discriminés sans cesse, décident eux aussi d’enclencher la seconde. Sauf qu’après l’assassinat de Malcolm X, en février, deux camps se distinguent. Ceux qui prônent la défense de leurs droits par tous les moyens, et les partisans de la non-violence prônée par Martin Luther King.
C’est dans ce contexte que Bobby Seale et Huey P. Newton créent le Black Panther Party for Self-Defense autour duquel gravitent les personnages de ce roman.

Mon avis

On avait déjà pu s’en apercevoir en lisant sa trilogie anglaise, et plus encore dans Fils de Sam et Jeudi noir : Michaël Mention aime l’histoire. Plus encore, il aime ancrer fortement ses récits dans un contexte, dans une époque. Disons-le tout de go : il aurait tort de s’en priver tant il le fait avec maestria. Des documentaires sur les Black Panthers, il y en a des cartons, surtout en langue anglaise. Des romans, déjà moins. Mais ce type d’ouvrage, qui mêle intelligemment événements historiques avérés et fiction, tout en restant crédible par rapport à la réalité, il y en a peu.

C’est donc avec un mélange de curiosité et de plaisir qu’on dévore cet opus qui passionne tout en instruisant. Les personnages principaux sont intéressants et ajoutent à l’ouvrage une certaine tension bienvenue. En effet, il n’y a pas d’intrigue policière classique mais on tourne néanmoins fébrilement les pages pour savoir ce que vont devenir la jeune et candide Charlene ou le malheureux Tyrone. La première, à peine sortie de l’adolescence, s’engage dans la cause des Black Panthers avec toute son énergie juvénile. Le second, pour éviter la pire des condamnations, se voit contraint d’infiltrer l’organisation pour le compte du FBI. Équilibriste de tous les instants, sa vie est un enfer tant il ne doit jamais baisser la garde sous peine de se voir démasqué, et sans doute abattu.

Interventions médiatiques, patrouilles de surveillance de la police, aide humanitaire comme ce programme « Free Breakfast for Children » consistant à nourrir les enfants des quartiers les plus défavorisés de San Francisco, poings gantés de Tommie Smith et John Carlos aux Jeux olympiques de Mexico… Au fil des pages, on suit la genèse du BPP, ses débats internes, son expansion, ses changements de cap et enfin, ses difficultés croissantes, grandement favorisées par les manœuvres de déstabilisation du FBI décidées en haut lieu.

Passionnant du début à la fin tout en étant extrêmement riche d’un point de vue historique, culturel et même musical – comme souvent chez l’auteur – Power, récent lauréat du Prix Polars Pourpres 2018, est sans doute à ce jour le livre le plus abouti de Michaël Mention. Si vous aimez ce roman entremêlant habilement faits historiques et fiction, vous ne devriez pas être déçu par son nouvel opus, Manhattan Chaos (10/18) qui fait s’entrecroiser les meurtres de Son of Sam et la décrépitude de Miles Davis à l’été 1977.

Power, de Michaël Mention, Stéphane Marsan (2018), 464 pages.

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J’ai un peu moins lu ces derniers jours (boulot + grosse fatigue) mais j’ai désormais un peu de répit, que je mettrai en partie à profit pour rédiger quelques billets et tenter de réduire un peu mon Everest à lire (un peu comme les Danaïdes remplissent leur tonneau, il est vrai).
En attendant de nouvelles chroniques dont des nouveautés Equinox (Cherry, Ma douleur est sauvagerie) Agullo (les Varesi & Paulin nouveaux), Série Noire (Requiem pour une république, Chaque homme, une menace, etc.), La Manufacture de livres (White Spirit) et saluer la renaissance de La Noire (Ron Rash en tête), voici les résultats du prix que j’organise chaque année avec mes collègues de Polars Pourpres et tou.te.s nos participant.e.s. Il s’agissait cette année de la quatorzième édition – déjà !

ppp2018_laureats_siteDans la catégorie reine, Michaël Mention succède à Colin Niel et empoche un second Prix Polars Pourpres avec son impressionnant Power paru chez Stéphane Marsan. Il l’avait déjà emporté en 2014 avec Adieu demain.
Il devance d’une courte tête Deon Meyer et son passionnant L’Année du lion (Seuil).

Dans la catégorie Découverte, et après plusieurs Américains, c’est cette année un écrivain européen qui l’emporte. Premier roman publié en France et Prix Polars Pourpres Découverte pour le Britannique Benjamin Myers. L’excellent Dégradation est paru dans la collection Cadre Noir du Seuil, dans une traduction d’Isabelle Maillet.
Il devance d’un cheveu le très remarqué My Absolute Darling de Gabriel Tallent (Gallmeister) et succède au palmarès à Nulle part sur la terre, de Michael Farris Smith.

À l’année prochaine, pour une nouvelle édition !
D’ici là, les occasions de découvrir des romans ne manqueront pas (Prix Polar SNCF, Trophées 813, Prix Cézam, etc.).