Articles Tagués ‘Taurnada’

Le vase rose est un roman d’Éric Oliva paru aux éditions Taurnada il y a quelques jours.

51zdbb44v4lRésumé

Frédéric et Luan sont les heureux parents du petit Tao. Vif, le garçon souffre régulièrement de démangeaisons et doit prendre des médicaments lorsque les crises sont trop fortes. Un soir, à l’heure du coucher, tandis que son père lui raconte une histoire pour l’endormir, Tao se sent très mal. Frédéric panique, appelle du secours, mais Tao convulse et meurt dans ces bras. L’autopsie révélera que l’enfant a été empoisonné via le flacon de médicament. Comment est-ce possible ? C’est ce que n’aura de cesse d’essayer de savoir Frédéric dont cette question devient l’obsession.

Mon avis

Le Vase rose – référence aux aventures du Petit Nicolas que Frédéric aimait à lire à son fils – est un suspense psychologique qui happe rapidement le lecteur.
Le roman m’a fait penser à un film dont le bon scénario serait joué par des acteurs moyens. En effet, les personnages ne sont pas toujours des plus convaincants. Ce manque de justesse dans certaines situations est dommage mais pas rédhibitoire tant l’intrigue est efficace par elle-même, même s’il frôle parfois le grand guignol, comme dans cette scène où Frédéric, mort de trouille après avoir fait le mur pour entrer dans une propriété, se retrouve chargé par un molosse qui le renverse pour… lui faire des léchouilles. Nonobstant, comment ne pas avoir envie de savoir, lorsqu’on a un minimum d’empathie pour ce jeune couple dévasté, comment ce drame est advenu ? Comment le poison a-t-il pu arriver dans ce flacon ? Et pourquoi ?
La police n’est pas inactive, loin de là, mais Frédéric trouve l’enquête trop lente à son goût. Alors il se met lui aussi en quête de la vérité. Au risque de perdre Luan, elle qui n’arrive pas à survivre à ce chagrin immense – ce qu’on comprend aisément.
L’enquête connaît quelques fausses pistes et rebondissements avant que Frédéric, aidée par une jeune pharmacienne, ne découvre le pot aux roses, nous offrant un final explosif.

Le vase rose est un honnête suspense, à l’intrigue des plus efficaces. Un sympathique divertissement, sans doute aussi vite oublié que lu, qu’un plus grand travail sur les personnages aurait assurément rendu plus mémorable.

Le vase rose, d’Éric Oliva, Taurnada (2018), 232 pages.

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De la terre dans la bouche est un roman d’Estelle Tharreau paru aux éditions Taurnada en janvier dernier.

51qyxsbgfhlRésumé

Elsa, orpheline, vient de perdre sa grand-mère. Chez le notaire, la jeune femme apprend qu’elle hérite d’une maison qui lui est inconnue, mais aussi d’une enveloppe. À l’intérieur, une unique photo au recto de laquelle est écrite une légende faisant référence à une partie du passé de sa grand-mère qu’elle ignorait jusqu’alors.
De quoi éveiller l’intérêt d’Elsa qui décide, avant de la vendre, d’aller voir cette maison elle-même. Mais sur place, les habitants lui semblent hostiles. Et lorsqu’elle commence à poser des questions, on lui fait vite sentir que sa curiosité dérange.

Mon avis

Le décès d’une aïeule, un rendez-vous chez le notaire, un bref voyage pour aller visiter un bien immobilier inhabité depuis longtemps. Rien d’exceptionnel de prime abord dans ce roman qui démarre piano.
Mais une fois arrivée à la fameuse « Braconne », l’ambiance change radicalement. L’attitude des habitants à l’égard d’Elsa est étrange et la maison dégage quelque chose d’inconfortable si ce n’est d’inquiétant. Curieuse, la jeune femme essaie d’en savoir plus sur l’histoire de cette maison et ses liens avec sa grand-mère.
Sans le savoir Elsa a ouvert une espèce de boîte de Pandore. Peu à peu, le lecteur découvre avec elle les nombreux secrets du village, tus jusqu’alors, et qui concernent plus ou moins directement sa famille. On lui intime de rentrer chez elle et de ne plus poser de questions mais c’est plus fort qu’elle, et plus Elsa gratte, plus elle trouve, dévoilant successivement de nouvelles couches de vérités dissimulées. Les rebondissements s’enchaînent alors au rythme de ces révélations, de plus en plus rapprochées. La tension s’installe et le danger se fait ressentir.
La Seconde Guerre mondiale joue un rôle important dans l’intrigue. Estelle Tharreau évite l’écueil du manichéisme et les clichés éculés et parvient même à nous dévoiler des pans méconnus de l’Occupation dont on comprend que d’aucuns aient voulu les cacher sous le tapis. Bien documentée, l’auteur propose en fin d’ouvrage une bibliographie abondante. Autant de pistes de lecture pour qui souhaiterait approfondir tel ou tel point abordé par le texte.

Démarrant lentement pour mieux finir en trombe, ce troisième roman d’Estelle Tharreau faisant la part belle à l’Histoire et aux secrets de famille est globalement une réussite, souffrant peut-être simplement du manque de profondeur de certains personnages.

De la terre dans la bouche, d’Estelle Tharreau, Taurnada (2018), 260 pages.

Sortie noire est un thriller de Christian Laurella, musicien également (batteur de Bernard Lavilliers) et tour manager pour des jazzmen célèbres (Baker, Gillespie, Getz, Jamal…).
Il est paru chez Taurnada, nouvelle maison d’édition dont il s’agit d’un des premiers titres.

Résumé

Après avoir passé vingt ans en prison, Daniel se voit accorder une semi-liberté. Il peut sortir de l’établissement pénitentiaire pour travailler dans une menuiserie. Pour pouvoir supporter sa longue détention, il s’est construit un monde imaginaire, avec femme et enfants (fictifs). Le problème, c’est qu’il souffre aussi d’amnésie et qu’il ne se souvient plus de quoi il a été jugé coupable et qu’il n’ose pas demander, de peur de passer pour un déséquilibré.
Une femme riche et âgée et sa gouvernante vivent ensemble, bon gré mal gré, depuis des années. L’arrivée d’une lettre du ministère de la justice annonçant la libération prochaine d’un prisonnier va mettre le feu aux poudres.

Mon avis

Sortie noire n’est pas dénué de qualités. Sa double intrigue croisée – on imagine sans peine que les deux histoires vont se joindre à un moment donné – est intéressante, de même que le personnage de Daniel et les réflexions qu’il provoque sur les difficultés de la réclusion mais aussi de la réinsertion. Ses quelque 170 pages sont plutôt agréables à lire et l’action n’est pas en reste, surtout en fin de roman.

Cependant, il souffre d’un gros problème, le manque de « crédibilité ». Le postulat de départ lui-même (un homme qui a passé vingt ans en prison et ne sait même plus pourquoi il est là) est un peu dur à avaler. Admettons. Plus gênant, les personnages, surtout quand ils interagissent entre eux, ne sont pas très naturels. Le point culminant est atteint dans certains dialogues qui prêtent (malheureusement) plutôt à sourire, comme ce détenu et ce patron de menuiserie qui se parlent au boulot comme deux gentilshommes sortis d’un roman de Balzac.

« – Écoutez, mon ami, loin de moi l’idée de porter un jugement sur votre cas, mais sachez que les trois quarts des détenus qui sont passés par cette usine se prétendaient victimes d’une erreur judiciaire, je conçois que ça puisse vous paraître étonnant, mais c’est la vérité. Alors, s’il vous plaît, ne me demandez pas d’intervertir nos rôles, montrez-vous raisonnable et restons-en là pour aujourd’hui.
– Bien sûr, désolé pour le dérangement, monsieur, ça n’était pas dans mes intentions de venir perturber votre journée.
– Allons, ne le prenez pas mal, je vais m’occuper de votre cas, je m’y engage, mais chaque chose en son temps. S’il vous plaît je vous demande instamment de me laisser, j’ai du boulot par-dessus la tête. »

Pour faire une analogie, le scénario tient plutôt la route, mais on a souvent l’impression que les acteurs sont mauvais. La faute au directeur du casting ? Pas sûr, car les personnages sont plutôt riches. Ce manque de réalisme, de « naturel », serait plutôt à mettre sur le compte du dialoguiste, peu inspiré, ainsi que sur celui du metteur en scène. Les émotions sont parfois exagérées, et ces personnages excessifs dans ce qu’ils font ressemblent à des acteurs qui surjouent leur rôle. Tout y est mais ça sonne faux.

« Gênée d’avoir provoqué chez sa bonne une telle détresse, Élisabeth s’était levée, proposant même sa chaise.
Consciente d’avoir frôlé la catastrophe, Marlène se devait impérativement de sortir le grand jeu.
« – Et d’abord, qui est cet homme qui a fait de la prison et qui vous veut du mal ? Qu’est-ce qu’il a fait ? »
Habitée par son rôle de martyre, poussant l’effet jusqu’à l’extrême, Marlène s’était jetée aux pieds de sa patronne.
« – Mais enfin, allons, reprenez-vous, vous êtes devenue complètement folle ? » […]
À plat ventre sur le carrelage, enserrant dans ses bras les jambes d’Élisabeth, Marlène s’était mise à pousser une série de cris plaintifs ». »

Sortie noire, malgré ses défauts plutôt gênants, se laisse néanmoins lire sans réel déplaisir. Christian Laurella, qui n’en est pas à son premier livre, a-t-il eu une petite baisse de régime ? Pour le savoir, on pourra lire Lili Maldives, autre polar paru en 2005, ou attendre le prochain…

Sortie noire, de Christian Laurella, Taurnada (2014), 172 pages.