Articles Tagués ‘western’

Il reste la poussière est un roman de Sandrine Collette paru dans la collection Sueurs Froides de Denoël en janvier 2016.
Il est depuis paru au Livre de poche.

51-ltqweralRésumé

Dans la pampa patagonienne vit une famille. Il y a eu le père, avant. Il reste désormais la mère, et quatre fils : Steban, les jumeaux Mauro et Joaquin, et Rafael. Les premiers mènent la vie dure au (petit) dernier, dix ans, qu’ils haïssent pour le simple fait qu’il existe alors que leur père n’est plus là. Leur quotidien est qui plus est aussi rude que l’environnement immédiat. Pas de temps pour les loisirs et l’oisiveté, pas plus que pour les sentiments. Le travail ne manque pas à la ferme entre les bœufs, les moutons et les chevaux. Et si l’un deux fléchit, la mère, impitoyable, saura vite le remettre en selle. Face à la concurrence des énormes estancias avoisinantes, leur modeste exploitation familiale commence à souffrir la comparaison. Il faut donc travailler encore plus, sans se révolter. Mais jusqu’à quand ?

Mon avis

Celles et ceux qui ont déjà lu Sandrine Collette savent qu’elle n’est pas tendre avec ses personnages. Ici, le jeune Rafael, à l’âge où l’on devrait encore aller à l’école, partage ses journées entre l’entretien des chevaux, la tonte des moutons et les brimades de ses frères qui n’aiment rien de plus que le molester, gratuitement et à longueur de temps. Le petit ne dit rien. Il encaisse tout. Ne rechigne jamais. De quoi vous forger un caractère.
Paradoxalement, c’est au moment où la santé financière de l’entreprise familiale a commencé à décliner que la mère s’est mise à brûler la chandelle par les deux bouts. Lorsqu’elle se rend à la ville – de plus en plus souvent –, elle dilapide ses économies dans l’alcool et le poker. Jusqu’à ce qu’elle s’endette au point d’être amenée à prendre une décision sans retour.
C’est à peu près au même moment que le petit Rafael, en virée à cheval dans la pampa, fait par hasard une rencontre inattendue, laquelle sera finalement lourde de conséquences.
Sandrine Collette est toujours à son avantage lorsqu’il s’agit de décrire les relations, souvent houleuses, entre membres d’une même famille, qu’elle soit de sang (Juste après la vague) ou de circonstance (Six fourmis blanches, Les larmes noires sur la terre). Mais ses familles sont rarement des plus unies, et celle d’Il reste la poussière, bien que nucléaire, n’est pas loin de l’explosion. Déjà présente dès le départ du roman, on sent la pression entre les uns et les autres monter, comme à l’intérieur d’une cocotte-minute.
Le scénario n’est sans doute pas des plus exceptionnels – c’est peut-être le roman de l’auteur le plus faible à cet égard – mais le personnage de Rafael est assez passionnant pour ne pas s’ennuyer un instant au cours de ces quelque trois cent pages.

Rude, sec, violent : ce roman et les relations entre les différents personnages qui le peuplent sont à l’image du décor et du climat de la pampa patagonienne où ils évoluent. Un Sandrine Collette très efficace, à défaut d’être brillant.

Il reste la poussière, de Sandrine Collette, Denoël/Sueurs froides (2016), 304 pages.
Existe aussi au Livre de poche (2017), 352 pages.

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Animaux solitaires (Lonesome Animals, 2012) est le premier roman de Bruce Holbert.
Il est paru en 2013 aux éditions Gallmeister et a été traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias.

41gmddaikglRésumé

Comté de l’Okanogan, État de Washington, 1932.
Russell Strawl a beau être un ancien shérif respecté, il est la violence incarnée. Ou peut-être est-ce précisément pour cela qu’il est respecté ? Toujours est-il qu’il a sa façon bien à lui d’interpréter la loi et de la faire régner.
Lorsque plusieurs Indiens sont retrouvés massacrés quasi « artistiquement », et sans qu’on trouve le moindre indice, c’est tout naturellement que la police locale demande à Strawl de remettre le pied à l’étrier. Et pour neutraliser le tueur, on lui laisse carte blanche.

Mon avis

Bien que quasi contemporain, Animaux solitaires peut aisément être qualifié de western. D’ailleurs, l’intrigue pourrait se dérouler en 1860 que ça ne changerait pas grand-chose au récit. On y retrouve les figures habituelles : Indiens, policiers blancs, saoulards et autres délinquants à la petite semaine… Surtout, il y a chez Bruce Holbert ce souffle épique propre au genre.

Pour autant, l’auteur peut aussi prendre, en passant, le temps de décrire un oiseau, la beauté d’une roche particulière ou la recette du plat d’un personnage sans que ça ne vire au manuel d’ornithologie, de géologie ou au livre de cuisine – et l’on est pas étonné alors que le texte ait été publié par Gallmeister, fervent passeur de nature writing.

 » Strawl jouissait d’une certaine notoriété en tant que cavalier – et comme représentant de l’ordre, d’un renom bien plus considérable même si celui-ci devait beaucoup à ses turpitudes. […] Il accepta d’honorer l’événement de sa présence à condition que celle-ci ne fût pas annoncée publiquement. La raison de cette exigence n’avait pas grand chose à voir avec la modestie. Sa réputation était telle qu’il serait remarqué par toute personne qui le croiserait, qu’il monte sur une estrade ou qu’il circule dans une automobile décapotable. Elle était telle, également, qu’un visiteur sur deux avait une raison de le tuer ou de le blesser. « 

Les personnages sont hauts en couleurs et globalement assez détestables. Strawl surtout, pour sa facilité à user de la force à la moindre contrariété. Quant à Elijah, fils adoptif de ce dernier – on apprend rapidement que le shérif l’a recueilli alors qu’il était un nourrisson abandonné – il ne parle quasiment qu’en citant la Bible et se prend pour un prédicateur.

« Il annonçait à sa mère la venue de chaque saison et en l’espace de quelques semaines le pays se couvrait des première gelées d’automne, puis deux mois plus tard de trois centimètres de neige et encore quatre mois après cela, des premiers boutons d’or. Il fut réprimandé par le curé qui lui dit que même un ignorant pouvait prévoir les saisons à trois semaines près. Cependant, Elijah savait même à ce moment-là que les vérités d’un présage se trouvent moins dans les détails que dans l’audace nécessaire pour les proclamer. Le principal, expliqua Elijah au curé, n’était pas que le messie arrive un mercredi ou un jeudi, mais qu’il arrive, et ceux qui avaient annoncé sa venue recevaient alors la confirmation de leur sagesse et ceux qui en avait douté, celle de leur ignorance et de leur manque de foi. Le curé le gifla pour son insolence et les garçons placés derrière lui ricanèrent, car à peine dix minutes plus tôt Elijah leur avait prédit la réaction du prêtre. »

Animaux solitaires, s’il est un roman fort réussi, vaut davantage pour cette fougue dans la narration et ses belles descriptions que pour l’intrigue à proprement parler, succession de meurtres et de courses-poursuites dans les grands espaces.
Signalons par ailleurs que Bruce Holbert n’épargne pas au lecteur la vue des sévices, particulièrement abjects, infligés par le tueur à ses victimes. Certains passages sont donc à déconseiller aux âmes les plus sensibles.

Animaux solitaires (Lonesome Animals, 2012), de Bruce Holbert, Gallmeister / Noire (2013). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias, 360 pages.
Disponible depuis en poche : Gallmeister / Totem (2017), 320 pages.

Le voyage de Robey Childs est un roman de l’Américain Robert Olmstead paru cette année chez Gallmeister dans une traduction signée François Happe.

Résumé

États-Unis, 1863.

Robey Childs a quatorze ans lorsqu’un matin, sa mère se réveille en panique, encore hantée par un cauchemar. Elle en est persuadée, son mari parti au front, va mourir. Elle décide alors d’envoyer son fils unique ramener son homme avant qu’il ne soit trop tard. Robey, enfant obéissant, se met en route sans avoir la moindre idée de ce qui l’attend ni de comment retrouver son père.

Mon avis

« Cette nuit était une nuit de guerre. La guerre était dans la pluie qui tombait. La guerre était dans le mince croissant de lune. La guerre était dans la terre sur laquelle ils posaient les pieds, et dans le ciel sous lequel ils se tenaient. Il dut se faire violence pour repousser l’envie de se pisser dessus, et quand l’envie lui fuit passée, il s’arma du revolver pris sur un homme mort, puis il en pris un deuxième qu’il fourra dans sa ceinture. Il se dit, comme si c’était à lui qu’il appartenait d’en décider, qu’il ne laisserait plus personne lui tirer dessus – qui que ce fût, et de quelque camp qu’il fût sur cette petite terre –, pas s’il pouvait abattre ce salaud d’abord. La guerre ne parviendrait pas à le tuer. »

Le voyage de Robey Childs, c’est l’histoire d’un adolescent qui va se retrouver confronté à la violence des hommes et à la nature sauvage tandis que la guerre de Sécession fait rage. Avant son départ, sa mère lui a confectionné une veste particulière, bleue d’un côté et grise de l’autre, qu’il pourra retourner à sa guise pour éviter le pire. Parti avec une monture quelconque, Robey se voit prêter par un généreux voisin un magnifique cheval noir comme le charbon (d’où le titre original du livre, Coal Black Horse). Un lien étroit se crée rapidement entre le jeune homme et l’animal tandis qu’ils parcourent ensemble les immenses étendues américaines, tantôt sauvages, tantôt dévastées par la folie guerrière des hommes.

« -Ce qui s’est passé ici, ce n’était pas une question d’hostilité, ni de cruauté. […] Ceux qui étaient ici n’ont pas fait ça par amour, ni par avidité, ni par ignorance. C’était des fils de bonne famille, ils étaient instruits. Ce que tu vois ici, c’est l’humanité. Le genre humain tel qu’il est. […] C’est la nature de l’homme, c’est le monde, et si tu veux vivre dans ce monde, il faut que tu saches ce que tu as à faire. »

Dans ce contexte mortifère, la guerre n’est pas le seul danger et mourir pour une futilité n’est pas chose rare. Aussi Robey s’efforce-t-il dans la mesure du possible de respecter les conseils de sa mère : ne parler à personne, ne pas s’occuper des affaires des autres, simplement tracer sa route, aussi discrètement que possible. Bien sûr, cela ne sera pas toujours possible et Robey n’est pas au bout de ses peines.

« Tout cela n’était que quelques petites images dans lesquelles son esprit avait pu mettre de côté ce qu’il avait vu pour le garder en mémoire car, dans ces champs de sorgho, gisaient cinquante mille victimes, cinquante mille hommes tués et blessés, manquant à l’appel. Ils étaient en morceaux épars. D’autres étaient entiers, apparemment sains et saufs, et ils erraient çà et là, avant de devenir les nouveaux morts, tandis que d’autres encore avaient été transformés en vapeur ou en graisse, ou n’étaient plus que des lambeaux de chair et des os pulvérisés. On pouvait trouver là, éparpillé sur ces quelques centaines d’hectares, tout ce qui constitue un être humain, à l’intérieur comme à l’extérieur. Il y avait assez de membres et d’organes, de têtes et de mains, de côtes et de pieds pour raccommoder corps après corps – il ne manquait que le fil et l’aiguille. Et une couturière céleste. »

Des miles et des miles à cheval, des rencontres fortuites, les horreurs de la guerre – Gettysbourg et son champ de cinquante mille morts –, autant de choses qui font que Robey ne sera plus jamais le même qu’à son départ.

« – Pendant la guerre, affirma-t-il, on peut souvent s’offrir le meilleur de ce qui est mal. »

Le voyage de Robey Childs, tout à la fois roman initiatique et roman d’aventures dans le contexte de la guerre de Sécession, est un très beau texte auquel Robert Olmstead insuffle beaucoup de sensibilité, et même parfois un brin de poésie, et ce malgré les horreurs auxquelles sont souvent confrontés les protagonistes.

Le voyage de Robey Childs (Coal Black Horse, 2007), de Robert Olmstead, Gallmeister (2014). Traduit de l’américain par François Happe, 229 pages.

Bloavezh mat ! Je vous souhaite le meilleur pour 2013, pour la lecture comme pour le reste !
En attendant le bilan de 2012, voici la première chroniques de l’année.

Le châtiment des hommes-tonnerres est un roman du prolifique Michel Honaker. Il s’agit du premier titre de la série que l’auteur consacre à « L’agence Pinkerton ».

Résumé

Dans les environs de Salt Lake City, hiver 1869.
Trois des meilleurs éléments de l’agence Pinkerton sont tués dans le Transcontinental. Ils avaient été envoyés à bord du train pour démasquer un cambrioleur fort habile qui y sévissait impunément depuis un moment. Peine perdue, il semblerait que le « Chapardeur » a plus d’une corde à son arc.
Neil Galore, 20 ans, enchaîne les petits boulots et peine encore à payer son loyer, au grand dam de sa propriétaire. Lorsqu’il voit dans le journal que Pinkerton cherche à recruter de nouveaux agents en urgence il décide immédiatement de postuler.

Mon avis

Michel Honaker, à qui l’on doit une quantité de romans impressionnante, n’est plus à présenter pour qui connaît un tant soi peu la littérature jeunesse. Ceci dit, cet opus ne s’affiche pas comme tel puisqu’il ne fait pas partie d’une collection jeunesse et peut aussi bien être lu par les adultes que par les ados.

Sans en dévoiler trop, disons que Neil est recruté par l’agence Pinkerton en même temps que trois autres jeunes de son âge. Il y a Armando Demayo, un Navajo qui ne veut pas admettre qu’il est Indien ; Angus Dulles, un jeune fermier qui ne semble pas très dégourdi ; et la belle Elly Aymes, qui ne laisse pas ses coéquipiers de marbre. Ils sont rapidement envoyés à bord du Transcontinental avec pour mission de faire mieux que leurs prédécesseurs : trouver et arrêter le Chapardeur.

L’action est très présente et on n’a pas le temps de s’ennuyer au fil des quelque 240 pages qui composent cette histoire. Les rebondissements sont nombreux, et pour la plupart aussi bien vus qu’imprévisibles. On s’attache assez facilement à Neil – qui est aussi le narrateur, ça aide – ainsi qu’à la ravissante Elly.

Michel Honaker écrit dans un style efficace, au service de l’action. On sent qu’il s’est documenté sur la période et la région et glisse astucieusement dans son récit quelques éléments peu connus de l’histoire de la conquête de l’Ouest, mêlant les faits historiques réels aux inventions de son cru. Il intègre également à son récit quelques touches de surnaturel qui ne sont pas sans intérêt pour l’intrigue.

Le châtiment des hommes-tonnerres est un roman efficace sur fond d’Ouest américain que l’on prend plaisir à lire. Si Michel Honaker parvient à maintenir ce niveau pour les prochain titres, gageons que sa série « L’agence Pinkerton » est promise à un bel avenir. Je lirai sans doute la suite pour m’en rendre compte.



Le châtiment des hommes-tonnerres
(L’agence Pinkerton, 1), de Michel Honaker, Flammarion (2011), 241 pages.