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Le voyage de Robey Childs est un roman de l’Américain Robert Olmstead paru cette année chez Gallmeister dans une traduction signée François Happe.

Résumé

États-Unis, 1863.

Robey Childs a quatorze ans lorsqu’un matin, sa mère se réveille en panique, encore hantée par un cauchemar. Elle en est persuadée, son mari parti au front, va mourir. Elle décide alors d’envoyer son fils unique ramener son homme avant qu’il ne soit trop tard. Robey, enfant obéissant, se met en route sans avoir la moindre idée de ce qui l’attend ni de comment retrouver son père.

Mon avis

« Cette nuit était une nuit de guerre. La guerre était dans la pluie qui tombait. La guerre était dans le mince croissant de lune. La guerre était dans la terre sur laquelle ils posaient les pieds, et dans le ciel sous lequel ils se tenaient. Il dut se faire violence pour repousser l’envie de se pisser dessus, et quand l’envie lui fuit passée, il s’arma du revolver pris sur un homme mort, puis il en pris un deuxième qu’il fourra dans sa ceinture. Il se dit, comme si c’était à lui qu’il appartenait d’en décider, qu’il ne laisserait plus personne lui tirer dessus – qui que ce fût, et de quelque camp qu’il fût sur cette petite terre –, pas s’il pouvait abattre ce salaud d’abord. La guerre ne parviendrait pas à le tuer. »

Le voyage de Robey Childs, c’est l’histoire d’un adolescent qui va se retrouver confronté à la violence des hommes et à la nature sauvage tandis que la guerre de Sécession fait rage. Avant son départ, sa mère lui a confectionné une veste particulière, bleue d’un côté et grise de l’autre, qu’il pourra retourner à sa guise pour éviter le pire. Parti avec une monture quelconque, Robey se voit prêter par un généreux voisin un magnifique cheval noir comme le charbon (d’où le titre original du livre, Coal Black Horse). Un lien étroit se crée rapidement entre le jeune homme et l’animal tandis qu’ils parcourent ensemble les immenses étendues américaines, tantôt sauvages, tantôt dévastées par la folie guerrière des hommes.

« -Ce qui s’est passé ici, ce n’était pas une question d’hostilité, ni de cruauté. […] Ceux qui étaient ici n’ont pas fait ça par amour, ni par avidité, ni par ignorance. C’était des fils de bonne famille, ils étaient instruits. Ce que tu vois ici, c’est l’humanité. Le genre humain tel qu’il est. […] C’est la nature de l’homme, c’est le monde, et si tu veux vivre dans ce monde, il faut que tu saches ce que tu as à faire. »

Dans ce contexte mortifère, la guerre n’est pas le seul danger et mourir pour une futilité n’est pas chose rare. Aussi Robey s’efforce-t-il dans la mesure du possible de respecter les conseils de sa mère : ne parler à personne, ne pas s’occuper des affaires des autres, simplement tracer sa route, aussi discrètement que possible. Bien sûr, cela ne sera pas toujours possible et Robey n’est pas au bout de ses peines.

« Tout cela n’était que quelques petites images dans lesquelles son esprit avait pu mettre de côté ce qu’il avait vu pour le garder en mémoire car, dans ces champs de sorgho, gisaient cinquante mille victimes, cinquante mille hommes tués et blessés, manquant à l’appel. Ils étaient en morceaux épars. D’autres étaient entiers, apparemment sains et saufs, et ils erraient çà et là, avant de devenir les nouveaux morts, tandis que d’autres encore avaient été transformés en vapeur ou en graisse, ou n’étaient plus que des lambeaux de chair et des os pulvérisés. On pouvait trouver là, éparpillé sur ces quelques centaines d’hectares, tout ce qui constitue un être humain, à l’intérieur comme à l’extérieur. Il y avait assez de membres et d’organes, de têtes et de mains, de côtes et de pieds pour raccommoder corps après corps – il ne manquait que le fil et l’aiguille. Et une couturière céleste. »

Des miles et des miles à cheval, des rencontres fortuites, les horreurs de la guerre – Gettysbourg et son champ de cinquante mille morts –, autant de choses qui font que Robey ne sera plus jamais le même qu’à son départ.

« – Pendant la guerre, affirma-t-il, on peut souvent s’offrir le meilleur de ce qui est mal. »

Le voyage de Robey Childs, tout à la fois roman initiatique et roman d’aventures dans le contexte de la guerre de Sécession, est un très beau texte auquel Robert Olmstead insuffle beaucoup de sensibilité, et même parfois un brin de poésie, et ce malgré les horreurs auxquelles sont souvent confrontés les protagonistes.

Le voyage de Robey Childs (Coal Black Horse, 2007), de Robert Olmstead, Gallmeister (2014). Traduit de l’américain par François Happe, 229 pages.

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Bloavezh mat ! Je vous souhaite le meilleur pour 2013, pour la lecture comme pour le reste !
En attendant le bilan de 2012, voici la première chroniques de l’année.

Le châtiment des hommes-tonnerres est un roman du prolifique Michel Honaker. Il s’agit du premier titre de la série que l’auteur consacre à « L’agence Pinkerton ».

Résumé

Dans les environs de Salt Lake City, hiver 1869.
Trois des meilleurs éléments de l’agence Pinkerton sont tués dans le Transcontinental. Ils avaient été envoyés à bord du train pour démasquer un cambrioleur fort habile qui y sévissait impunément depuis un moment. Peine perdue, il semblerait que le « Chapardeur » a plus d’une corde à son arc.
Neil Galore, 20 ans, enchaîne les petits boulots et peine encore à payer son loyer, au grand dam de sa propriétaire. Lorsqu’il voit dans le journal que Pinkerton cherche à recruter de nouveaux agents en urgence il décide immédiatement de postuler.

Mon avis

Michel Honaker, à qui l’on doit une quantité de romans impressionnante, n’est plus à présenter pour qui connaît un tant soi peu la littérature jeunesse. Ceci dit, cet opus ne s’affiche pas comme tel puisqu’il ne fait pas partie d’une collection jeunesse et peut aussi bien être lu par les adultes que par les ados.

Sans en dévoiler trop, disons que Neil est recruté par l’agence Pinkerton en même temps que trois autres jeunes de son âge. Il y a Armando Demayo, un Navajo qui ne veut pas admettre qu’il est Indien ; Angus Dulles, un jeune fermier qui ne semble pas très dégourdi ; et la belle Elly Aymes, qui ne laisse pas ses coéquipiers de marbre. Ils sont rapidement envoyés à bord du Transcontinental avec pour mission de faire mieux que leurs prédécesseurs : trouver et arrêter le Chapardeur.

L’action est très présente et on n’a pas le temps de s’ennuyer au fil des quelque 240 pages qui composent cette histoire. Les rebondissements sont nombreux, et pour la plupart aussi bien vus qu’imprévisibles. On s’attache assez facilement à Neil – qui est aussi le narrateur, ça aide – ainsi qu’à la ravissante Elly.

Michel Honaker écrit dans un style efficace, au service de l’action. On sent qu’il s’est documenté sur la période et la région et glisse astucieusement dans son récit quelques éléments peu connus de l’histoire de la conquête de l’Ouest, mêlant les faits historiques réels aux inventions de son cru. Il intègre également à son récit quelques touches de surnaturel qui ne sont pas sans intérêt pour l’intrigue.

Le châtiment des hommes-tonnerres est un roman efficace sur fond d’Ouest américain que l’on prend plaisir à lire. Si Michel Honaker parvient à maintenir ce niveau pour les prochain titres, gageons que sa série « L’agence Pinkerton » est promise à un bel avenir. Je lirai sans doute la suite pour m’en rendre compte.



Le châtiment des hommes-tonnerres
(L’agence Pinkerton, 1), de Michel Honaker, Flammarion (2011), 241 pages.