Articles Tagués ‘Zooey Boubacar’

Savana Padana est un roman de Matteo Righetto paru l’an dernier chez La dernière goutte, dans la collection Fonds noirs.
Il est traduit de l’italien par Zooey Boubacar.

couv_savanapadanaRésumé

San Vito est une petite ville rurale et tristounette située dans la plaine du Pô. Deux bars s’y font face, l’un tenu par des Italiens, l’autre par des Chinois. Des deux côtés, ça trempe dans des combines allant du deal au braquage. Récemment, des Gitans se sont installés dans la bourgade. À peine tolérés dans l’établissement de Chen, le Tigre, ils sont haïs par les autochtones. Vivant de trafics divers et de petits larcins, ceux-ci commettent une erreur fatale. Non seulement ils cambriolent la villa d’Ettore Bisato, mais ils repartent avec ce que celui qu’on surnomme la Bête a de plus précieux : sa statue de Saint Antoine.

Mon avis

Très court, ce roman noir italien compte 120 pages découpées en 13 chapitres. Un nombre qui porte malheur sans doute tant les protagonistes sont tous plus ou moins des poissards invétérés. Dans cette galerie de bras cassés peints à grands traits par Matteo Righetto, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Les conversations de Berto, Sante, Nereo, Nibale et Nini ne volent pas bien haut. Autour d’une partie de cartes, devant une bière ou une anisette, on rêve de millions et de femmes fatales mais en vérité on se contente de quelques coups foireux et de prostituées de seconde zone. Le carabinier du village, le commandant Crado, ne brille pas plus par son intelligence. Seul Ettore se détache quelque peu du lot, de par son autorité naturelle et la crainte qu’il inspire et lui valent son surnom.
L’auteur n’a sans doute pas eu la prétention de signer un grand roman mais on sent qu’il a pris beaucoup de plaisir à l’écrire. Ces hommes à la bêtise crasse se retrouvent embarqués dans une spirale de violence qui va vite les dépasser. Matteo Righetto manie l’humour grinçant sans avoir l’air d’y toucher et n’hésite pas à forcer le trait ce qui nous vaut certaines scènes jubilatoires, aussi cocasses que gores, comme cette manière originale de « faire fondre une glace » (faire disparaître un cadavre dans le langage codé de la bande).

Ouvrir Savana Padana est la garantie d’avoir devant soi une bonne heure de fiction noire plaisante, qui devrait ravir les amateurs de Tarantino, entre autres.

Savana Padana (Savana Padana, 2012), de Matteo Righetto, La dernière goutte/Fonds noirs (2017). Traduit de l’italien par Zooey Boubacar, 121 pages.