À la grâce des hommes / Hannah Kent

Publié: 22 septembre 2014 dans Polar océanien
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À la grâce des hommes (Burial Rites) est le premier roman de la jeune Australienne Hannah Kent, paru aux Presses de la cité en mai dernier.

Résumé

Ránhóla, nord de l’Islande, mardi 12 janvier 1830.
Agnes Magnúsdottir est décapitée ce jour (ainsi que Fridrik Sigurdsson) pour l’assassinat de son amant, Natan Ketilsson. Cela fait d’elle la dernière femme à avoir été condamnée à mort en Islande. En attendant l’exécution, la criminelle avait été placée dans une famille islandaise, faute de prison disponible. C’est cette histoire que nous raconte Hannah Kent.

Mon avis

À la grâce des hommes est un ouvrage atypique à plusieurs égards.
Puisque l’on sait dès le départ et avec certitude qu’Agnes va mourir, et même de quelle façon, on pourrait se dire que le suspense n’a pas sa place ici. Pourtant, la jeune Australienne parvient à accrocher le lecteur assez rapidement. Agnes, malgré ce qu’elle a (ou aurait) fait, est plutôt attachante, et la relation qu’elle entretient avec le jeune révérend Tóti, qu’elle a choisi comme confesseur, est assez ambiguë pour être suivie avec curiosité. On regarde aussi évoluer l’attitude des membres de la famille contrainte d’héberger Agnes. D’abord aussi dégoûtés qu’apeurés d’avoir un monstre sous leur toit, Margrét, son mari et leurs deux filles, Steina et Lauga, se mettent peu à peu à éprouver des sentiments – contradictoires – pour Agnes et à la traiter comme l’être humain qu’elle demeure malgré tout.
À la grâce des hommes est également intéressant en ce sens qu’il flirte avec les genres. Là où Hannah Kent avait matière à écrire un passionnant documentaire sur la fin de vie de la dernière condamnée à mort islandaise, elle a choisi d’en faire un roman. Hormis quelques extraits de correspondances retrouvées dans les archives de l’affaire Ketilsson et présentés au fil des pages, le texte est écrit à la manière d’un roman. Tout en se basant sur des faits avérés, l’auteur comble les trous, affine la psychologie des personnages, rend vivants les paysages islandais, décrit la rudesse des conditions de vie de l’époque…

À la grâce des hommes prend son temps, aussi ne satisfera-t-il peut-être pas les amateurs de thrillers survitaminés. En revanche, pour ceux qui se laisseront entraîner, Hannah Kent offrira une immersion dans les rigueurs hivernales de cette Islande rurale du début XIXe. Original et dépaysant.

À la grâce des hommes (Burial Rites, 2013) d’Hannah Kent, Presses de la cité (2014). Traduit de l’anglais (Australie) par Karine Reignier-Guerre, 395 pages.

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commentaires
  1. BMR dit :

    Âpre et sévère comme les paysages islandais mais très actuel. L’écriture d’Hannah Kent questionne notre intelligence et notre curiosité : on a du plaisir à découvrir les conditions de vie de cette époque, en ces lieux perdus bien loin de la couronne danoise, et on a du plaisir à dévorer ce presque polar, qui pourra prendre une place de choix au rayon des ‘confessions de l’assassin’. C’est aussi un très beau portrait de femme (de femmes pourrait-on dire, car il y en a plusieurs autour d’Agnes) tandis que les hommes semblent avoir perdu beaucoup de leur humanité. La faute aux paysages sans aucun doute.

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  2. Hannibal dit :

    Il est vrai que les personnages masculins sont plutôt en retrait, sauf peut-être le révérend Tóti.

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