Par les rafales est le premier roman de Valentine Imhof. Il est paru en mars aux éditions du Rouergue (Rouergue/Noir).

412p2wfzgflRésumé

Alex a de bonnes raisons de se méfier des hommes en général, et de ceux qui sont un peu (trop) prompts à l’aborder en particulier. Sans doute pourra-t-on lui reprocher d’être extrême dans ses réactions de défense mais ce qu’elle a vécu initialement l’était tout autant.
Une fois de plus, elle se venge à sa façon. Mais son apparence est loin d’être passe-partout. Alors voilà qu’elle doit fuir avant qu’on ne fasse le lien entre elle et ce qui s’est passé dans cette chambre d’hôtel…

Mon avis

Les amateurs de scénarii léchés resteront sans doute sur leur faim. Ce roman d’un peu moins de 300 pages peut être présenté comme une course-poursuite, bien qu’il ne se limite pas uniquement à cela. La férocité d’Alex fait beaucoup penser à celle de la mère dans Petite Louve, de Marie Van Moere, titre qui partage plusieurs points communs avec Par les rafales. Les deux textes sont des premiers romans français écrits par des femmes et traitant du sujet du viol. Dans les deux opus, les personnages décident de prendre le problème à bras-le-corps, à leur façon, plutôt que de passer par les cases police et justice. Ce sujet, ainsi que la manière dont il est abordé font que ces romans ne sont pas à mettre entre toutes les mains et qu’ils pourront déranger les plus sensibles.

« Jamais, avant ce soir, il n’a envisagé le tatouage sous l’angle de la féminité et de la sensualité. Au contraire. Il y a toujours vu une démonstration de virilité, tendance macho et délinquant, ostentatoire et vulgaire, une sorte de rite initiatique qui se fait mal et mâle, un truc de marins, de bikers, de routiers, de taulards, ou de frimeurs. Rien, en somme, qui soit susceptible de l’émouvoir ou de l’intéresser. »

Le personnage d’Alex est entier et l’on comprend bien la colère qui l’anime, au point qu’on en vient même à ne plus trouver aberrantes les horreurs qu’elle fait subir à ses bourreaux (ou ceux qu’elle imagine comme tels).
Les textes mis en exergue des chapitres sont une belle trouvaille. Ces poèmes ou autres extraits littéraires, en anglais ou en français et sans ponctuation ni la moindre espace entre les mots, sont autant de lettres et de mots qui recouvrent le corps d’Alex. Valentine Imhof plonge le lecteur, avec ses personnages, dans le milieu du tatouage et du rock, qu’elle semble bien connaître, tout comme la mythologie nordique. Une découverte pour d’aucuns ; moins pour d’autres. Toujours est-il que l’auteur nous donne à voir et à entendre – les références musicales sont nombreuses – sans que ce ne soit par trop didactique et en évitant l’effet « catalogue », qui est parfois l’écueil de cet exercice. On voyage aussi aux côtés d’Alex, de la Belgique à la Scandinavie en passant par Saint-Pierre et Miquelon.

« Il sort faire un tour, déambuler, prendre ses marques. Il a toujours adoré ces premières heures dans une ville qui lui est étrangère et dont il ne parle pas la langue. Traîner sans plan touristique et sans but, se perdre volontairement, se laisser dépayser l’oreille par les bribes de conversation grappillées au vol, faire une première immersion linguistique en lisant les enseignes, les publicités, les unes des journaux. »

Malgré un scénario léger, Valentine Imhof signe un roman puissant et au personnage principal charismatique. On se souviendra longtemps d’Alex, cette jeune femme torturée qui ne se laisse pas abattre, quitte à enfreindre elle-même la loi.

Par les rafales, de Valentine Imhof, Rouergue/Noir (2018), 285 pages.

Publicités

Suréquipée est un roman de Grégoire Courtois paru chez Le Quartanier en 2015 puis en Folio/SF en 2017.

71wsrclf7ilRésumé

La Blackjag est une voiture révolutionnaire, entièrement construite à partir de matériaux organiques. Intelligente, elle s’adapte à son environnement et ne cesse d’apprendre tout au long de sa vie. Le professeur Fransen, l’un de ses créateurs, voit revenir un modèle, que la police lui a envoyé afin qu’il l’interroge. Ce modèle, l’un des tous premiers, serait la dernière « personne » à avoir vu son propriétaire, Antoine Donnat, avant qu’il disparaisse mystérieusement.
Peut-être que la mémoire synthétique de la voiture, à l’instar de la boîte noire d’un avion, pourra permettre aux forces de l’ordre de comprendre la disparition de son propriétaire.

Mon avis

Grégoire Courtois, dont c’est ici le second opus, offre à lire un roman fort original qui restera assurément en mémoire. L’interrogatoire d’une voiture intelligente qui détiendrait des informations quand à une disparition, fallait y penser. Mais l’auteur ne se contente pas de dérouler le fil d’une bonne idée, comme c’est parfois le cas. Le texte est un condensé de trouvailles et ce que Grégoire Courtois imagine au sujet de l’avenir de la recherche dans le domaine automobile fait parfois froid dans le dos tant ça paraît plausible à certains égards. Les descriptions de la Blackjag et de ses capacités, souvent inspirées du règne animal ou végétal, sont parfois très étonnantes. Les agissements des grands pontes du groupe automobile et leurs motivations sont à bien des égards glaçantes de réalisme elles aussi.

Difficile d’en dire plus sur ce court roman – moins de deux cents pages – sans trop déflorer l’intrigue, passionnante et retorse à souhait. Si vous voulez en savoir plus, le plus simple est encore de vous procurer ce texte atypique et très recommandable.

Suréquipée, de Grégoire Courtois, Le Quartanier (2015), 147 pages.
Disponible en poche en Folio/SF (2017), 176 pages.

Mercy, Mary, Patty est un roman de Lola Lafon paru en 2017.

9782330081782Résumé

Le 4 février 1974, Patricia Hearst, petite-fille d’un magnat de la presse et âgée de 19 ans est enlevée alors qu’elle se trouvait dans son appartement du campus de l’université de Berkeley.
Le rapt est parfaitement planifié et revendiqué par l’Armée de libération symbionaise, groupuscule d’extrême gauche qui avait déjà fait parler de lui l’année précédente à Oakland en tuant un directeur d’école, accusé par eux de fascisme.
Des enregistrements de Patty parviennent à la famille et à la presse, notamment pour demander le versement d’une contrepartie contre sa remise en liberté. Au fur et à mesure de l’envoi de ces bandes, Patty semble se rapprocher des idées/idéaux de ses ravisseurs. Certains y verront un « lavage de cerveau » à l’œuvre, d’autres une prise de conscience politique.

Mon avis

Voilà pour les faits. Sauf que Lola Lafon n’aborde pas ce faits divers aussi frontalement, mais par l’intermédiaire d’autres personnages et d’autant d’anecdotes.
L’on suit Gena Neveva, une professeur au fort caractère, chargée par l’avocat de Patricia Hearst de rédiger un rapport pour faciliter le travail de la défense au procès Hearst, qui doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. L’on s’intéresse aussi à Violaine, une étudiante française qui assiste Mme Neveva dans ses travaux, elle qui a été invitée à passer un an dans une petite commune des Landes.
On l’avait déjà observé avec plaisir dans La petite communiste qui ne souriait jamais (qui s’intéressait au parcours exceptionnel de la gymnaste soviétique Nadia Comăneci), Lola Lafon est véritablement douée pour donner à voir des évènements réels et des personnages existants par l’intermédiaire d’un récit qui emprunte beaucoup au romanesque sans jamais s’éloigner de la réalité pour autant. En déstructurant la chronologie et en abordant les évènements par des sentiers détournés, elle offre une lecture différente du faits divers, à mille lieues d’un article de presse ou d’un résumé d’encyclopédie.
Comme l’indique le titre, le roman s’intéressera aussi – plus brièvement – à d’autres jeunes femmes qui ont radicalement tourné le dos à leur milieu d’origine, à d’autres moments de l’Histoire et dans de tout autres contextes : Mercy Short et Mary Jamison.

Intelligent sans jamais être rasant, Mercy, Mary, Patty est un récit qui passionnera plus d’un lecteur. Pour autant, Lola Lafon ne juge pas et le récit apporte en vérité plus de questions que de réponses, mais on ne s’en plaint pas.

Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon, Actes Sud (2017), 233 pages.

La Pension de la via Saffi (L’Affittacamere) est un roman de Valerio Varesi publié par Agullo l’an dernier, dans une traduction de Florence Rigollet.

41nemdavwulRésumé

Quelques jours avant Noël, Ghitta Tagliavini, vieille dame propriétaire d’une pension dans le centre historique de Parme, est retrouvée morte dans son appartement. L’acte est semble-t-il criminel et l’enquête est confiée à Soneri.
Seulement, le commissaire connaissait Ghitta, car c’est dans sa pension, alors fréquentée par des jeunes gens et notamment des infirmières, qu’il a rencontré sa femme Ada, des années auparavant. Ada qui est décédée de manière dramatique peu après leur mariage. Forcément, voilà qui fait ressurgir à la surface bien des souvenirs, agréables et tristes à la fois.
Commençant à creuser, Soneri se rend compte que l’affable Ghitta qu’il a connue cachait bien son jeu et qu’elle savait aussi se montrer impitoyable.

Mon avis

Après sa première enquête qui l’avait vu affronter un Pô en crue, l’on retrouve avec plaisir le commissaire Soneri dans ce second opus, similaire à bien des égards bien qu’il soit totalement urbain et que la nature y soit moins présente – l’histoire se déroule essentiellement à Parme. Là encore, on déconseillera sa lecture aux aficionados de page-turners hollywoodiens. Ici, le commissaire avance dans son enquête, mais piano piano, tout en se replongeant dans son passé douloureux. Cet aspect mélancolique et quelque part endeuillé à vie rapproche Soneri d’Erlendur (à ceci près que le personnage d’Arnaldur Indriðason n’a pas perdu sa femme mais son frère). Tout en étant en couple – avec une Angela qui cherche sa place dans la vie du commissaire – il vit encore avec le fantôme de sa femme, ou du souvenir magnifié qu’il s’en est fait.

 » Ceux qui disent ça ne connaissaient pas Cornetti. C’était certes un homme plein de contradictions, mais il vivait très bien avec. C’était un type qui s’en sortait d’instinct. Il était communiste, mais il faisait des affaires. Il était dans un parti moraliste, mais c’était un homme à femmes. Il finançait des groupes extrémistes parce qu’il y retrouvait la passion de ses vingt ans, mais ça ne l’empêchait pas d’aller au Regio dans les loges des industriels. Il fallait le prendre comme il était. « 

Comme dans le précédent roman, l’intrigue va amener Soneri à s’interroger sur des évènements passés qui continuent encore à faire des remous aujourd’hui. Les filatures – il y en a – ne se font pas en bolide et à toute allure mais en arpentant à pied les rues du vieux Parme. C’est d’ailleurs un plaisir que de se balader dans le centro storico de la capitale d’Émilie-Romagne avec les personnages de Valerio Varesi, né à Turin mais de parents parmesans, et qui semble bien connaître la ville… et sa gastronomie. Soneri, qui n’y était pas retourné depuis ses années étudiantes, peine à reconnaître certains quartiers, métamorphosés et plus multiethniques qu’alors.
Les rebondissements sont peut-être un peu moins présents que dans Le Fleuve des brumes mais le plaisir de lecture est identique et l’on a déjà hâte de retrouver Soneri dans Les Ombres de Montelupo, paru il y a quelques mois.

Sachant prendre le temps qu’il faut sans jamais ennuyer son lecteur ni perdre de vue l’intrigue principale, Valerio Varesi s’affirme comme une valeur sûre du roman noir à la Simenon. Et son personnage récurrent, le commissaire Soneri, a un côté fragile, loin des héros bodybuildés et surentraînés des thrillers américains, qui achève de le rendre attachant.

La Pension de la via Saffi (L’Affittacamere, 2004), de Valerio Varesi, Agullo/Noir (2017). Traduit de l’italien par Florence Rigollet, 320 pages.

Un petit boulot (Since the Layoffs) est un roman de Iain Levison paru chez Liana Levi en 2003.
Il est traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanchita Gonzales Batlle.

A Mathematician (?)Résumé

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Jake Skowran ne connaît pas une période faste. Son usine vient d’être délocalisée au Mexique. Conséquence : il a perdu son emploi, puis sa femme, partie voir si l’herbe n’était pas plus verte ailleurs. Malgré un regard lucide sur ce qui se passe autour de lui, Jake n’est pas du genre à baisser les bras. Plutôt du genre à accepter n’importe quel petit boulot pour gagner sa croûte. Alors quand un caïd local vient le voir pour lui proposer de tuer sa femme, le cas de conscience est vite vu. C’est payé combien ?

Mon avis

Ceux qui connaissent un peu Iain Levison et son œuvre savent sans doute qu’il n’a pas connu un petit boulot, mais plutôt des dizaines – quarante deux précisément, d’après son propre recensement. Né à Aberdeen, puis passé par les États-Unis et le service militaire, le retour au pays est rude. Le chômage le décide à retraverser l’Atlantique pour fuir la dèche écossaise. Tour à tour pêcheur en Alaska, peintre en bâtiment, conducteur de camions, déménageur et bien d’autres, l’auteur avait déjà raconté une partie de son parcours, non sans humour, dans l’excellent Les tribulations d’un précaire, ouvrage plutôt biographique bien qu’un peu romancé.

Ici, c’est par le prisme du roman noir qu’il aborde le sujet de la paupérisation d’une grande partie de la population américaine. À l’instar du grand Donald Westlake dans le non moins grand Le Couperet, Iain Levison en rajoute, jusqu’à la caricature. Mais ne dit-on pas que plus c’est gros plus ça passe, surtout quand on a du talent ? Et l’habileté de la plume est là, bien présente, non seulement pour raconter l’histoire, dépeindre ces personnages, sans doute plus ou moins inspirés de son vécu et de connaissances, mais aussi pour instiller une bonne dose d’humour grinçant à cet ensemble. On suppose que Jake, c’est un peu – besucoup – Iain, les crimes en moins sans doute.

Publié initialement en 2003, le roman ne met donc pas en scène la crise liée aux subprimes mais le vent tournait alors déjà, avec son lot de fermetures d’usines et de villes entières se retrouvant désœuvrées et livrées à elles-mêmes.
En guise de couverture entre deux contrats, Jake se voit confier la caisse d’une petite supérette ouverte en permanence. On y travaille, beaucoup, on dort de temps en temps, un peu. Heureusement, ses collègues sont sympathiques comme ce jeune Asiatique parlant à peine l’anglais, qui n’aurait en principe même pas le droit de travailler de nuit. Le passage dans lequel un manager vient spécialement du siège de la franchise pour évaluer l’efficacité de la supérette est particulièrement croustillant. À l’image du roman en somme.

Quinze ans plus tard, Un petit boulot n’a pas pris une ride. Il a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2016, en France, avec Romain Duris dans le rôle principal. Avec son regard acéré et sa plume caustique, Iain Levison a depuis parcouru du chemin et publié quelques titres de grande qualité, oscillant toujours entre roman noir et critique sociale. Citons Une canaille et demie, Arrêtez-moi là ! ou encore Pour services rendus, paru cette année, dans lequel il égratigne l’image des vétérans du Vietnam et la vanité du débat politique américain. Au train où évoluent les choses là-bas, gageons que l’auteur aura encore matière à écrire quelques opus. Chose curieuse à signaler, il semblerait que Iain Levison connaisse un plus grand succès dans l’Hexagone qu’aux États-Unis où ses derniers ouvrages n’ont même pas été publiés. Alors, merci Liana Levi !

Un petit boulot (Since the Layoffs, 2002), de Iain Levison, Liana Levi (2003), 210 pages. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanchita Gonzales Batlle, 210 pages.
Disponible en poche Liana Levi / Piccolo (2013), 210 pages.

Les yeux fermés (Ad occhi chiusi) est un roman de Gianrico Carofiglio paru chez Rivages en 2008 puis en Rivages/Noir en 2012.
Il est traduit de l’italien par Claude-Sophie Mazéas.

51bxu8z46llRésumé

Guido Guerrieri est avocat à Bari. Surviennent l’inspecteur Tancredi et une femme en blouson de cuir qu’il prend pour son binôme. Il n’en est rien, l’habit ne fait décidément pas le moine, pas plus que la sœur. Claudia est religieuse et dirige un foyer recueillant des femmes fuyant la violence, conjugale principalement. Elle et Tancredi souhaitent que Guerrieri les aide à attaquer en justice un homme violent qui semble intouchable du fait de la position stratégique de son père dans les rouages de la justice locale. Bien qu’il eût été plus simple de décliner, le sens de la justice de Guido ainsi que son goût pour les ennuis le poussent à accepter.

Mon avis

Il y a quelques années, nous avions lu avec plaisir la première enquête de Guido Guerrieri, Témoin involontaire, qui n’était autre que le premier roman de l’auteur. Gianrico Carofiglio a depuis fait un sacré bonhomme de chemin, chez Rivages, puis au Seuil, bien que ses derniers romans n’aient malheureusement pas été traduits de ce côté-ci des Alpes.
Magistrat puis procureur à Bari, élu sénateur en 2008 : c’est peu dire que l’auteur connaît bien les rouages de la justice et la vie politique – animée – du sud de l’Italie. Cette connaissance transparaît dans ses œuvres, comme ici, sans qu’on n’ait jamais le sentiment que l’auteur étale ses connaissances de manière superflue.
Si l’on retrouve avec plaisir Guido, toujours bon avocat mais quelque peu désabusé par le système judiciaire qui condamne trop souvent les faibles pour réserver son laxisme aux plus aisés, d’autres personnages valent eux aussi le détour. C’est particulièrement le cas de sœur Claudia, qui brise tous les clichés sur les nonnes, notamment par sa pratique à haut niveau de la boxe. L’énergie brute de la jeune femme, ainsi que sa force de caractère donne envie à Guido de renfiler ses gants et de profiter d’un cours particulier. Mais peut-on décemment flirter avec une sœur ?
L’intrigue n’offre pas des rebondissements à gogo, il est vrai, mais Gianrico Carofiglio est un très bon conteur d’histoires et l’on suit les développements de l’histoire avec plaisir, en grande partie dans le prétoire mais aussi au cours de digressions, parfois mélancoliques, qui nous éloignent de l’activité de la cour. Assez lent, le roman prend le temps et nous offre par exemple de mémorables scènes de déambulations nocturnes dans les rues de Bari.

Après avoir abordé l’immigration et le racisme dans son premier roman, cette enquête prend à bras-le-corps le sujet peu évident des violences conjugales. Un procédural italien, très bien écrit, qui donne envie de retrouver le sympathique Guerrieri, amateur de musique et de boxe, dans ses enquêtes suivantes, Les raisons du doute et Le silence pour preuve.

Les yeux fermés (Ad occhi chiusi, 2003), de Gianrico Carofiglio, Rivages (2008). Traduit de l’italien par Claude-Sophie Mazéas, 214 pages.

La Forêt des renards pendus est un roman d’Arto Paasilinna datant de 1983.
Il est paru pour la première fois en France en 1994 chez Denoël dans une traduction du finnois d’Anne Colin du Terrail. Il est aujourd’hui disponible en Folio.

41ghlib0l6lRésumé

Suite à un braquage partiellement raté, Rafael Jutunen se retrouve avec un paquet de lingots d’or à disposition et ses deux complices en prison. Mais la belle vie ne va pas durer car ces derniers vont sortir sans tarder et lui réclamer la part qui leur revient. Seulement, Rafael ne compte pas partager et décide, pour ne pas se faire retrouver, de se terrer avec les lingots dans le fin fond de la forêt lapone. C’était sans compter sur un ex-officier alcoolique, une nonagénaire en fugue à qui on ne la fait pas et un renardeau joueur.

Mon avis

Arto Paasilinna est un nom qui parle à tous les amateurs de livres, les personnes qui fréquentent assidûment les rayonnages des bibliothèques et autres librairies. Pour autant, tout le monde n’a pas goûté à la plume de l’espiègle Finlandais et à ses aventures truculentes. Cet opus, paru initialement en 1983 – et traduit en français une dizaine d’années plus tard par Anne Colin du Terrail – tient autant du roman à suspense que de la comédie burlesque.
On prend beaucoup de plaisir à suivre les déboires de Rafael Jutunen, qui de chanceux au départ, va passer plutôt poissard. Le personnage de la vieille dame n’est pas piqué des vers et le trio, voire le quatuor si l’on y intègre « Cinq-cents-balles », le surnom du renard chapardeur, apprend à cohabiter, pour le meilleur, le pire, et le plaisir du lecteur.
À défaut d’être exceptionnels – ils sont même parfois prévisibles – les rebondissements sont souvent drôles et l’imagination malicieuse de l’auteur fait parfois des merveilles.

Écrit il y a vingt-cinq ans, La forêt des renards pendus est un texte qui a bien vieilli et se lit toujours avec grand plaisir. Pour preuve, il vient d’être adapté en bande dessinée par Nicolas Dumontheuil chez Futuropolis et l’adaptation, forcément plus condensée mais fidèle, vaut aussi le détour. Une belle porte d’entrée vers l’univers débridé du Finlandais Arto Paasilinna.

La Forêt des renards pendus (Hirtettyjen kettujen metsä, 1983), d’Arto Paasilinna, Denoël (1994). Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, 272 pages.
En poche en Folio/Gallimard (1996), 216 pages.