La Peau du papillon (Шкурка БабочкиShkurka Babochki) est un roman de Sergey Kuznetsov qui vient de paraître à la Série Noire dans une traduction de Raphaëlle Pache.

418wq8ofg0lRésumé

Xénia, vingt-trois ans, est rédactrice en chef de la rubrique « Actualités » du média en ligne LeSoir.ru. Côté vie privée, l’ambitieuse jeune femme a des amies proches mais pas d’homme attitré. Peut-être parce que « l’amour vanille » ne l’intéresse pas, elle qui aime pratiquer le sexe SM décomplexé.
Un tueur en série sévit à Moscou et commence à faire parler de lui en raison des sévices extrêmes qu’il fait subir à ses victimes, toujours des jeunes femmes. Xénia s’intéresse doublement au phénomène et, après avoir consulté des collègues, décide d’y consacrer un site. Articles de presse, avis d’experts, rappels historiques sur les pires tueurs en série, mais aussi des forums où les gens pourront venir donner leur avis, exprimer leurs angoisses et, d’une manière ou d’une autre, apporter de l’eau au moulin.

Mon avis

C’est incontestable, il y a un tueur en série dans La Peau du papillon, premier roman de Sergey Kuznetsov à paraître en France. Pourtant, le texte est loin, très loin, de ce que l’on entend lorsqu’on parle de polar avec un tueur en série. L’identité du tueur importe assez peu. L’enquête de la police est quasiment absente de ces pages. Le suspense est assez peu présent et clairement pas la priorité de l’auteur. Le roman est davantage un espèce de duel à distance entre Xénia et l’assassin, et Sergey Kuznetsov prend beaucoup de soin à caractériser ces deux personnages atypiques partageant finalement des points communs. La narration est très originale, et certains choix étonnants – passages soudains à la seconde personne, incluant même parfois le lecteur – font qu’elle peut parfois paraître décousue. Cela contribue au fait qu’il peut être difficile d’entrer pleinement dans le roman. Certains chapitres suivent Xénia, l’assassin ou d’autres personnages – les amies et collègues de la journaliste – de manière assez classique. Mais Sergey Kuznetsov donne aussi à lire à ses lecteurs les introspections quasi poétiques du tueur, des extraits de conversations sous forme de chat ICQ, des fragments d’articles, d’interviews, et même une présentation Powerpoint fantasmée. L’onirisme est d’ailleurs très présent, de même que l’amour et la sexualité, bien qu’on soit là bien loin des standards habituels. Certaines scènes fantasmées sont sordides, d’autres moins, mais elles ont le mérite d’être puissantes et évocatrices.

Il y a fort à parier que ce type de roman indisposera certains lecteurs, aussi bien par ses choix narratifs ambitieux qu’à cause de sa thématique, traitée sans concessions par l’auteur. Il faut cependant lui reconnaître une qualité certaine dans l’écriture ainsi que l’amorce de réflexions fort intéressantes sur plusieurs sujets de société. Loin du politiquement correct et des standards du genre, Sergey Kuznetsov propose là un roman atypique et d’une certaine manière assez remarquable.

La Peau du papillon (Шкурка БабочкиShkurka Babochki, 2005), de Sergey Kuznetsov, Gallimard/Série Noire (2019). Traduit du russe par Raphaëlle Pache, 469 pages.

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Le jour où les zombies ont dévoré le Père Noël (I Saw Zombies Eating Santa Claus : A Breathers Christmas Carol) est un roman de S. G. Browne paru chez Mirobole en 2014 dans une traduction de Laura Derajinski.

71cfa6flwmlRésumé

Andy Warner est mort. Il est revenu à lui sous une autre forme et a été l’un des premiers à lutter pour la reconnaissance des droits des zombies aux États-Unis. Depuis ses célèbres faits d’armes, il est enfermé dans un complexe scientifique top secret et fait, comme ses congénères morts-vivants, l’objet d’expériences scientifiques plus ou moins ignobles, sur la régénérescence des cellules notamment. Quelques jours avant Noël, il parvient, par un concours de circonstance, à s’évader plutôt facilement de ce centre réputé hautement sécurisé. Arrivé à la lisière de la ville, il remarque un faux père Noël. Sa blouse de patient étant quelque peu repérable, il préfère encore enfiler le costume de ce brave Santa.

Mon avis

En 2013, les éditions Mirobole publiaient pour la première fois en France S. G. Browne, romancier satirique passé par Hollywood. Dans Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour, on rencontrait Andy Warner, devenu zombie après un accident de voiture, et bien décidé à réussir sa ̶n̶o̶u̶v̶e̶l̶l̶e̶ ̶v̶i̶e̶ mort. Dans ce roman traduit en 2014 par Laura Derajinski, on le retrouve, fraîchement évadé d’un centre expérimental. Et si cela ne nuit en rien à la compréhension de cet opus, on comprend rapidement tant les rappels sur l’épisode précédent sont nombreux et détaillés, qu’il est souhaitable, pour ceux qui voudraient profiter au mieux de l’intégralité de la série, de procéder dans l’ordre.

Sans grande prétention si ce n’est de faire passer un bon moment de lecture « pop » – les références à la culture populaire américaine sont très nombreuses – Le jour où les zombies ont dévoré le Père Noël remplit parfaitement son rôle. Gageons, de toute façon, que les personnes insensibles à ce genre de littérature auront été préalablement rebutées par le titre ou la couverture, qui annoncent clairement la couleur : rouge. Comme la tunique de ce brave Santa Claus, mais aussi comme l’hémoglobine, qui sans couler à torrents, est assez présente – les zombies ne sont pas encore passés au véganisme. S. G. Browne sait assurément raconter une histoire et maintenir la tension d’un récit. Les rebondissements sont nombreux et certaines trouvailles sont particulièrement cocasses. C’est avec un sourire aux lèvres que l’on suit les pérégrinations d’Andy le Père Noël zombie, notamment dans sa relation avec Annie, une petite fille malheureuse qui, bien que ses lutins soient bizarres et qu’il dégage une drôle d’odeur, croit avoir enfin rencontré le vrai Père Noël.

À réserver aux lecteurs qui ne sont pas allergiques aux productions de type « Série B », Le jour où les zombies ont dévoré le Père Noël est un petit roman fort sympathique qui revisite avec un humour grinçant la magie de Noël.

Le jour où les zombies ont dévoré le Père Noël (I Saw Zombies Eating Santa Claus : A Breathers Christmas Carol, 2012), de S. G. Browne, Mirobole (2014). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinski, 224 pages.

Gangs of L.A. (IQ) est un roman de Joe Ide qui vient de paraître chez Denoël dans une traduction de Diniz Galhos.

Gangs-of-L-ARésumé

Calvin Wright a.k.a. « Black the Knife » est l’un des rappeurs les plus en vue de la côte Est. Il a collectionné les disques d’or et de platine. Mais sa femme l’a quitté, il n’a plus goût à grand-chose, plus d’inspiration… Pire, depuis qu’un énorme pitbull s’est introduit dans sa propriété et l’a attaqué, il est persuadé qu’on veut le tuer. Il reste cloîtré chez lui et fait appel à Isaiah Quintabe, dont il a entendu parler en bien. Il lui promet une forte récompense s’il parvient à trouver qui veut attenter à ses jours. IQ, jeune homme aux cellules grises on ne peut plus alertes, accepte immédiatement. Cette offre généreuse est une aubaine : il a besoin d’argent.

Mon avis

Gangs of L.A. est le premier roman de Joe Ide, passionné de littératures policières – il est semble-t-il un inconditionnel de Sherlock Holmes – ayant grandi dans les quartiers populaires de Los Angeles. On comprend aisément, de par la teneur du roman, qu’il est le premier d’une série qui verra Isaiah Quintabe résoudre d’autres enquêtes. Le fil rouge est la recherche de l’auteur de la probable tentative d’assassinat du rappeur mais le roman est émaillé de petites intrigues parallèles où IQ fait parler son flair. Par un habile jeu de va-et-vient entre les époques, on en apprend davantage sur les raisons ayant amené le jeune surdoué à laisser tomber ses études puis, à vouloir enquêter à son propre compte. À commencer par la mort de son grand frère, qui l’élevait et qui était tout pour lui. En effet, Marcus a été criblé de balles au coin d’une rue depuis une voiture ayant immédiatement pris la fuite. Assassiné sous les yeux d’Isaiah sans qu’il ne puisse rien faire pour le sauver. La police n’a fait aucun progrès significatif sur le dossier et le meurtre est resté depuis impuni.

Le personnage du rappeur dépressif, bien que caricatural en un sens, est assez marquant et certaines scènes, très visuelles, sont truculentes, comme celle où il entasse tous ses objets hors de prix afin d’en faire un bûcher sous le regard interloqué des membres de son crew. La relation aussi amicale que conflictuelle entre IQ et Dodson, son ex-colocataire, dealer notoire, est intéressante et il y a fort à parier qu’ils n’ont pas fini de se chamailler tout en s’entraidant régulièrement.

Peut-être IQ manque-t-il un peu de charisme pour en faire un personnage vraiment mémorable mais le roman se lit avec plaisir. Joe Ide nous offre avec Gangs of L.A. un bon moment de divertissement et les lecteurs convaincus par cet opus initial pourront vraisemblablement retrouver Isaiah Quintabe dans de prochaines aventures puisqu’un troisième tome paraîtra bientôt aux États-Unis.

Gangs of L.A. (IQ, 2016), de Joe Ide, Denoël (2019). Traduit de l’anglais (Etats-UNis) par Diniz Galhos, 400 pages.

Né d’aucune femme est un roman de Franck Bouysse paru hier à La Manufacture de livres.

pol_cover_31988Résumé

Gabriel, curé de son état, assiste à une curieuse confession. Une jeune femme, au demeurant assez fébrile, lui annonce qu’il sera bientôt amené à bénir le corps d’une femme à l’asile voisin. Mais surtout, elle le prie de prendre sur sa dépouille les cahiers spécialement cachés sous sa robe.
Ces cahiers, ce sont ceux de la jeune Rose. Et lorsqu’il entame sa lecture, Gabriel est choqué. Ce qui y est raconté dépasse l’entendement.

Mon avis

Un an après Glaise qui se déroulait pendant la Première Guerre mondiale, Franck Bouysse est de retour, toujours à la Manufacture de livres, avec un nouveau roman qu’on hésite à qualifier d’historique. En effet, si l’intrigue est assurément noire, elle est difficile à dater précisément, bien que tout laisse à penser qu’elle se déroule à une époque depuis longtemps révolue. Cette absence de précision, aussi bien chronologique que géographique, lui confère d’ailleurs un caractère universel.

Sans trop déflorer l’intrigue, disons seulement que Rose, aînée d’une famille paysanne de quatre filles, est vendue par son père à un maître de forge pour soulager la maisonnée qui peine à joindre les deux bouts. Âgée de quatorze ans, elle travaille alors comme bonne dans le manoir de l’homme et sous les reproches incessants de la mère de ce dernier, acariâtre au possible. Rose ne se plaint pas de son travail mais sa famille lui manque et il semble être hors de question de les revoir ou ne serait-ce que de quitter la propriété. Rose se sent oppressée et de plus en plus mal à l’aise. Comme si elle pressentait les catastrophes à venir.

D’aucuns reprocheront peut-être à l’auteur d’en rajouter dans la souffrance et l’ignominie que subissent certaines personnages. Pour autant, et malgré l’indéniable violence de certaines scènes, il subsiste toujours une part d’espoir. L’amour – sous différentes formes – est au rendez-vous.

Surtout, l’écriture de Franck Bouysse est toujours un véritable plaisir. À tel point qu’on relit certains passages et qu’on se met même à en lire à voix haute. Rose est un personnage féminin qui marquera durablement les esprits. Les autres protagonistes ne sont pas délaissés pour autant et certains personnages masculins, mélanges de force et d’impuissance, sont des plus intéressants. On suit leur destinées, tantôt par les cahiers de Rose, que retranscrit Gabriel, tantôt d’un autre point de vue.

Très attendu après les succès de ses précédents opus – à commencer par le multi-récompensé Grossir le cielFranck Bouysse confirme avec ce très bel ouvrage qu’il est assurément une des plus belles plumes du noir français du moment. Né d’aucune femme restera sans aucun doute l’un des grands romans de l’année 2019.

Né d’aucune femme, de Franck Bouysse, La Manufacture de livres (2019), 333 pages.

L’Étoile du nord (Star of the North) est un roman de D. B. John qui paraît ce jour dans la collection Equinox (Les Arènes) et dans une traduction d’Antoine Chainas.

pol_cover_32062Résumé

Jenna Williams, Américaine d’origine coréenne commence sa carrière d’enseignante à l’université mais peine à se remettre d’un traumatisme terrible. Sa sœur jumelle, Soo-Min, a disparu en 1998 lors d’un voyage, alors qu’elle se trouvait sur une plage japonaise avec son nouveau petit ami, lui aussi évaporé. Sa mère a fait son deuil mais Jenna ne peut s’empêcher de croire qu’elle est peut-être encore vivante, quelque part.
Dans les environs de Hyesan, près de la frontière entre la Corée du Nord et la Chine, Mme Moon, qui cherchait des champignons, voit un petit ballon atterrir ici, au milieu de nulle part. Vivant dans une grande pauvreté, elle décide de subtiliser discrètement son contenu, pour faire bouillir la marmite avant que les autorités ne viennent voir de quoi il s’agit.
À Pyongyang, Cho se voit donner de mauvaises nouvelles par son frère. Leur ascension fulgurante au sein de l’élite du pays pourrait être stoppée net. Une enquête suit son cours sur l’origine biologique des frères, adoptés très jeunes. Cho craint pour sa famille car pour les descendants de traîtres au régime, la déchéance peut aller jusqu’à la mort.

Mon avis

Né au Pays de Galles, D. B. John a travaillé comme avocat puis dans l’édition pour la jeunesse avant d’écrire son premier roman à Berlin, en 2009. En 2012, il fait un voyage qui le marquera durablement. Invité à visiter Pyongyang, il doit, comme le reste de la délégation, se plier au culte de Kim. Il sait que ce que les autorités locales leur laissent entrevoir de la capitale nord-coréenne n’est que le sommet de l’iceberg et ne peut s’empêcher d’imaginer tout ce qu’on leur cache. Dès lors, il lit énormément sur ce pays, se rend plusieurs fois en Corée du Sud où il interroge des habitants du sud et du nord : ce livre devient une évidence. Dans ses notes en fin d’ouvrage, il explique la genèse du projet, la manière dont il s’est documenté et surtout, permet au lecteur de départager le vrai de ce qui est totalement fictif.

Malheureusement, D. B. John n’a pas eu besoin d’inventer grand-chose pour rendre ce roman particulièrement glaçant. Passionnant du début à la fin, ce roman choral où l’on suit parallèlement trois destinées est un modèle du genre, empruntant autant aux codes du thriller qu’à ceux du roman d’espionnage. On imagine qu’Antoine Chainas a dû prendre du plaisir à traduire ce titre auquel on pourra seulement reprocher quelques facilités scénaristiques. En effet, l’usage de plusieurs grosses ficelles rend certains rebondissements assez prévisibles. Mais on pardonne volontiers l’auteur tant les quelque six cents pages se dévorent avec une fluidité totale.

Solidement documenté à tous les niveaux et passionnant de la première à la dernière page, L’Étoile du nord est une fiction fort réussie qui nous en apprend autant sur la Corée du Nord et ses sinistres dessous qu’un documentaire. Les lecteurs se souviendront des personnages de ce roman, notamment de la destinée de Jenna, et certains seront peut-être tentés de creuser un peu la question nord-coréenne en piochant dans la mine bibliographique proposée par D. B. John.

L’Étoile du nord (Star of the North, 2018), de D. B. John, Les Arènes/Équinox (2019). Traduit de l’anglais (Pays de Galles) par Antoine Chainas, 611 pages.

Couleur pivoine (Pfingstrosenrot) est un roman de Christian Schünemann et Jelena Volić paru en septembre dernier aux éditions Héloïse d’Ormesson, dans une traduction d’Odile Demange.

41gz2XxvATLRésumé

Un couple de personnes âgées sont retrouvées assassinées alors qu’elles venaient d’emménager dans leur nouvelle maison au Kosovo. Peut-être leur mort a-t-elle d’ailleurs un rapport avec leur arrivée dans le cadre d’un programme de rapatriement financé en partie par l’ONU ?
Face au peu d’empressement des autorités locales pour faire la lumière sur cette affaire, Milena Lukin, criminologue à l’université de Belgrade et spécialiste de l’ex-Yougoslavie, décide de creuser un peu. Pas évident dans cette région à majorité albanaise où les Serbes sont encore considérés comme des moins-que-rien.

Mon avis

Couleur pivoine est la seconde enquête de Milena Lukin, déjà à l’oeuvre dans Couleur bleuet, paru en 2017 chez Héloïse d’Ormesson. Il semblerait d’ailleurs qu’on puisse facilement lire ce nouvel opus sans avoir mis son nez dans le précédent.
Ici, Milena, mère célibataire au caractère bien trempé, est bien décidée à savoir pourquoi ces deux paisibles vieillards ont été assassinés à leur domicile. Bien qu’elle n’ait pas de rapport direct avec les victimes, sa détermination est sans faille, quitte à se mettre elle-même en danger. Il faut dire qu’elle ne comprend pas bien pourquoi on a pu leur en vouloir à ce point et qu’elle a beaucoup de mal avec ces histoires de haines ancestrales sur fond de racisme crasse et d’intolérance à l’autre.

Beaucoup de lecteurs, sans doute, ne sont pas très au fait des tenants et aboutissants des conflits de l’ex-Yougoslavie. Qu’à cela ne tienne, et que cela ne les refroidisse pas. Car si Couleur pivoine comporte effectivement une dimension géopolitique indéniable, nul besoin d’avoir fait Sciences Po pour se passionner pour son intrigue. L’Allemand Christian Schünemann et la Serbe Jelena Volić ont trouvé le bon dosage et nous donnent à comprendre les choses sans jamais nous abreuver de détails inutiles ni nous donner le sentiment d’assister à un cours magistral sur l’Histoire des Balkans. Le suspense est assez important pour entraîner le lecteur sans peine dans le sillage de Milena jusqu’au bout de cette enquête loin d’être de tout repos. Des passages sur l’absurdité de la guerre sont très joliment écrits, et il est agréable de découvrir les traditions et la gastronomie locales auprès des protagonistes.

Au final, Couleur pivoine est un roman à suspense plaisant et intelligent de surcroît qui apprendra sans doute quelques rudiments de géopolitique balkanique à la majorité de ses lecteurs, et même, pourquoi pas, leur donnera envie de se rendre à Belgrade, joliment donnée à voir au détour de ces pages.

Couleur pivoine (Pfingstrosenrot, 2016), de Christian Schünemann et Jelena Volić, Héloïse d’Ormesson (2018). Traduit de l’allemand par Odile Demange, 352 pages.

Lux est un roman de Maud Mayeras paru aux éditions Anne Carrière en 2016.

pol_cover_21782Résumé

Adolescent, Antoine Harelde passe un été en Australie avec sa mère, du côté de Ceduna, petite ville de la côté sud. Il y rencontre Lark, avec qui il aime se faire peur à observer Cockie, un clochard géant à l’odeur pestilentielle. Il y a aussi Hunter, la petite sœur de son nouveau copain, qui n’a d’yeux que pour ce petit Français. Antoine découvre l’amitié, l’amour… et puis le drame. Cet été le marquera à tout jamais.
2016. Vingt ans plus tard, Antoine retourne à Ceduna. Il n’a rien oublié, encore moins pardonné, et décide de se venger à sa manière.

Mon avis

On découvrait Maud Mayeras en 2006 (ça nous rajeunit pas !) avec son premier roman Hématome, lauréat surprise du Prix Polars Pourpres, thriller redoutable qui mettait en scène une jeune femme se réveillant, complètement amnésique, après avoir été agressée et violée. Après Reflex (2013) et un second Prix Polars Pourpres (partagé avec Michaël Mention), voici donc son troisième opus.
Qui l’a déjà lue sait que la Limougeaude n’a pas son pareil pour faire tourner les pages. Les intrigues sont construites de telle façon qu’il est très difficile, sinon impossible de décrocher en cours de route. C’est toujours le cas ici, où l’on enchaîne les chapitres courts à une vitesse folle.
Aimant à torturer quelque peu ses personnages, Maud Mayeras partage ici quelques points communs avec Sandrine Collette : l’accumulation de déboires jusqu’à plus soif, le poids de la famille qu’on ne choisit pas, la puissance supérieure de la nature…
Assez curieusement, et bien qu’il ne soit absolument pas certain qu’il s’agisse d’une volonté de l’auteur, les personnages secondaires sont les plus attachants. Il y a donc Cockie, ce colosse à l’allure et à l’odeur effrayantes mais finalement bien moins monstrueux qu’il n’y paraît. Et la petite Hunter, coincée elle aussi, comme Antoine au milieu de ce drame à un âge où l’on devrait plutôt s’amuser en toute innocence. Si cela ne nuit pas véritablement à la lecture, on aurait aimé pouvoir se retrouver davantage dans le personnage d’Antoine. On peut comprendre sa soif de vengeance mais sa détermination froide le déshumanise quelque peu.
Certaines ficelles sont bien un peu grosses, l’histoire s’éparpille peut-être trop par moments, mais la machinerie redoutablement huilée et certaines révélations bien trouvées font de Lux un roman passionnant.

Avec Lux, Maud Mayeras signe un thriller de bonne facture, très efficace dans son côté page-turner mais auquel il manque un petit quelque chose pour en faire un texte mémorable.

Lux, de Maud Mayeras, Anne Carrière (2016), 252 pages.